Chili

54° 56′ 05″ sud, 67° 36′ 19″ ouest

La nuit fut bonne et réparatrice. Le petit déjeuner succinct. Le soleil brille. Nos colocataires s’équipent pour une petite randonnée, nous bullons. Le village est peuplé de petites maisonnettes de tôle ondulée et de bois, faites de bric et de broc. Petits négoces, mairie, église, restaurants, Puerto Williams s’étend paisiblement sur la colline. Les militaires s’y sont établis en 1953. Depuis, un vrai village s’est développé autour du tourisme estival et de la pêche aux crabes et araignées mer. 

Attablés devant saumons et thons grillés,  nous alpaguons Bernard et Emmanuel. Tous les touristes du bourg se connaissent pour s’être côtoyés pendant les 32h de traversée. Impossible de faire un pas sans discuter un brin. 

Le petit musée Martin Gusinde nous initie à la culture Yagan aujourd’hui éteinte. Cristina Calderon, 92 ans, dernière locutrice de cette langue orale, tente de transmettre sa culture à la centaine de descendants indigènes vivant encore à Villa Ukika, le quartier de Puerto Williams où nous logeons. Les colons de la fin du 19eme, venus évangéliser, étudier et conquérir le désert austral, ont révolutionné brutalement la vie locale dont il ne reste plus trace. 

Aujourd’hui, la communauté tente de se réapproprier la mémoire de ses ancêtres en se battant pour la préservation de son territoire. Les élevages de saumons et l’industrie ont été repoussés, l’artisanat et le tourisme raisonné se développent. Que deviendra cette ville de 2000 habitants une fois la route vers Punta Arenas achevée?

On parle français dans la Marina. Les marins nettoient les voiliers de retour de leur virée en Antarctique avant de s’envoler vers la France. Rêves fous de grand Sud encore. Ambiance de bout du monde. Le cap Horn n’est qu’à 100km. 

Il y a foule autour des fourneaux de notre petite, toute petite maison partagée. Ce sera pates pour tout le monde. Entre deux discussions féministes, le coronavirus surgit. Des rumeurs de fermeture de frontières grondent. Ce serait pour mardi. Décision internationale. Mardi. Quand partir? Demain?

Qui aurait cru que le coronavirus nous rattraperait au bout du monde?  Absurde. 

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