Convoi exceptionnel

Le jour n’est pas encore levé et la ville est plus belle de nuit, avec ses rues endormies, ses lumières orangées. La poussière ne vole plus, il ne fait pas encore trop chaud et les rares habitants qui pointent leur nez commencent doucement à atteler leurs ânes. On prend le petit dejeuner du toit terrasse en regardant le lever du soleil avant de rentrer dans notre minibus climatisé rien que pour nous et prendre place dans le grand convoi qui part pour Assouan…

La mascarade vaut le detour. Une dizaine de bus, autant de taxis et minibus stationnent en ligne en attendant le départ. Les vendeurs tentent l’arnaque une dernière fois en attendant que 7h ne sonnent. Les moteurs chauffent, les flics astiquent leur pick-up bleu marine. L’heure venue, sirène et première enclenchée pour être en première ligne. On est 5eme, bonne place, la police libère la voie pour laisser ces touristes si importants qui vont visiter les trésors de l’Egypte. Attention, rien ne doit les arrêter, on ne sait jamais, si un terroriste passait par là sans être au courant de l’horaire ou du parcours il risquerait de manquer son tir… On fait une première pause pipi et harcelement aux diverses babioles histoire de renflouer les caisses des copains, on s’énerve quand arrive la facture du café, puis on repart. Cette fois, on est en tête du convoi, on suit les 3 flics et leur kalachnikov… On a même l’honneur d’en transporter un! On ouvre grand les yeux, guettant les armées de tueurs cachés dans les cultures de bananiers mais nos yeux peu aiguisés ne voient rien a part un paysage très fertile, verdoyant, emplis de cultures de blé, orge, dattiers, canne à sucre et tout ce dont on peut rêver. Les berges du Nil sont très belles au milieu de l’aridité du désert.

Premier arrêt du convoi à Edfou, au temple d’Horus. Temps accordé : 1h. Densite de touristes au mètre carré: environ 50… Ça laisse rêveur, on n’avait pas encore vu ce que 6 bateaux de croisières visitant un temple en même temps pouvait faire, mais quand on nous répète qu’on est en saison basse, on a des frissons dans le dos malgré la chaleur… On se croirait a Rome pour Pâques, dans le RER les jours de grève, ou à Gare du Nord lorsque les voies ferrées ont brûlé alors qu’on s’apprêtait à prendre l’avion pour Budapest…
Dommage car le temple vaut largement le détour. Il est très bien préserve, de style Ptolomeen (dynastie grecque suivant celle d’Alexandre le Grand), au plan clair, au style un peu manière, chaque chapiteau de colonne ayant son motif, chaque salle son style. Les bas-reliefs taillent des corps muscles, aux formes affirmées contairement au style de l’époque pharaonique classique. Les espaces sont très beaux et imposants. On a à peine le temps d’en faire le tour qu’il faut se battre a travers le faux bazar pour rejoindre le convoi…

Une heure plus tard, second arrêt, plus calme cette fois, au temple de Kom Ombo, lui aussi Ptolomeen, juche sur un surplomb du Nil et partiellement détruit par les crues passées. Il est moins intéressant mais à la particularité d’être totalement symétrique et de posséder chaque espace en double en l’honneur de deux divinités, le crocodile et le faucon.
On ne s’attarde pas, les policiers, grands seigneurs, nous ont accordé tout d’abord 20min puis finalement 30min pour admirer l’art de leurs ancêtres (autant que la pause café).

L’industrie du tourisme considère peu la culture dans ce pays, trois photographies suffisent à saisir un lieu, quatre babioles à rendre les gens heureux, 30 minutes à comprendre 4000ans d’histoire, on nous prend vraiment pour des abrutis plein aux as.

Le convoi nous lache à 13h dans le charmant hôtel Hathor sur la corniche d’Assouan, avec piscine sur le toit !

On déjeune au bord de l’eau en regardant passer les felouques et on repart pour le temple de Philae, sauve par l’Unesco, démantelé pour être reconstruit pierre par pierre sur une ile contiguë, après avoir été envahie par les eaux, suite a la construction du premier barrage britannique sur le Nil en 1902, puis du second par Nasser. On saute un peu rapidement sur un bateau de Coréens qui nous dépose sur l’ile paisible. Le lieu est calme. Le paysage plus tranquille. Il ne fait pas plus chaud qu’à Louxor, pas moins non plus, on frise les 48°C à l’ombre et les pierres sont brulantes. La construction du temple revient encore aux grecs! Le plan du temple se développe en éventail, épousant la forme de l’ile probablement. C’est un bel endroit.

Notre corps sent l’appel de la piscine pour faire baisser la température de notre corps et on rentre plonger ou plutôt barbotter et bouquiner en regardant le cours tranquile du Nil. Assouan est beaucoup plus agréable que la capitale du harcèlement, on se sent bien ici, les gens ont une attitude normale et nous renseigne. On se sent mieux.

Demain levé à 3h00. On part pour Abou Simbel.

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