La vallée des artisans

Cette fois-ci le réveil ne nous fait pas faux bond et on part a 6h. Ossama ne peut nous accompagner et il nous nous file à son frère Moustafa, un jeune fourbe, moitié endormie, les yeux explosés, commençant toute ses phrases par « excuse me », profitant de chaque pause pour fumer et s’endormant au volant. Nous avons rarement croisé aussi piètre conducteur et son air trop assure nous énerve. La voiture zigue-zague sur la route heureusement à faible allure.

Il nous conduit tant bien que mal aux tombes des nobles, tombes des notables, plus modestes que celles des pharaons, mais dont les scènes de vie colorées et aux traits fins sont très vivantes. Dans ces tombes, pas de bas-reliefs mais un style libre donnant une très bonne idée des moeurs de l’époque. Les fresques sont très belles. On visite les tombes de Ramose, Ousehat, Khaemhat, et les plus belles, celles de Menna, Nakhrt, Sennofer et Rekhmire. On admire les travaux des champs, la fabrication des obélisques, la pêche et la chasse, la fabrication des objets en albâtre, et l’incontournable tableau de famille. Le plafond de la tombe de Sennofer est couverte de feuilles de vignes et de raisins. Il s’en dégage des airs de plénitude et de bonheur, on se croit dans un jardin frais et gai malgré l’hydrométrie et la chaleur tropicale qui règne dans ces souterrains. Les touristes sont peu nombreux et on peut enfin profiter tranquilement des peintures, enfin presque… reste les gardiens insistants, les enfants, les guides d’un jour et les vendeurs de scarabée en albâtre…

Les gardiens sont tous a la recherche de bakchich, certains malins ont un miroir et de belles histoires, d’autres nous épuisent par leur harcèlement. Il est impossible d’être seul dans ce pays, et l’amas de personnes qui s’agglutine autour de nous en permanence pèse sur nos nerfs, peu habitués à supporter de tels climats touristiques. La chaleur est accablante, les gens aussi. On n’apprécie guère leurs manières, leur insistance, leur agressivité et leur fourberie. Toute relation est forcement intéressée et du coup on est constamment sur nos gardes. On se sent plutôt tendus et on a du mal à profiter de la beauté de ce qui nous entoure.

On continue notre parcours par les tombes des ouvriers de Deir el Medina, du temple et du village en ruines attenant. Les tombes utilisent le même vocabulaire que celles des pharaons, en plus simple, et les decors sont choisis avec précision.

Le temple de Medinet Habou est immense. Il conserve de très beaux pigments et les couleurs des colonnes et bas-reliefs donnent une bonne idée de la réalité des temples de l’époque. C’est un temple de la dynastie greco-egyptienne et la facture est un peu differente, plus maniérée, aux formes moins abstraites.

On termine cette matinée par une visite au musée de Hassan Fathy, architecte des pauvres, qui a construit la nouvelle ville de Gourna, lorsque le village de Gourna a été détruit pour mettre à jour de nouvelles tombes. L’architecte a voulu construire avec les ressources locales. Aujourd’hui, seule une maison d’adobe est rescapée des 70 construites en 1946, ainsi qu’une mosquée, un théâtre et un marché. L’accueil de la famille Abou al Haggag est chaleureux et leur maison vaste pour 7 personnes. Le projet n’a pas été une réussite sociale et la plupart des gens ont préféré se construire des maisons en béton, mais la démarche est intéressante. Enfin des personnes douces et aimables…

On repart dans notre taxi fou vers Louxor, et après qu’il nous ait arnaqué en nous faisant le coup de la substitution de billet de 50 par un de 10, on claque la portière, furieux et on se boit une délicieux jus de mangue.

Petite sieste.

La visite du souk et du reste de la ville fait peur. Poussière, immondices, saleté. On se croirait en Inde. Les supermarchés n’ont presque rien à offrir et les légumes sont tout flétris. On se fait encore « agressés » tous les deux mètres et on a du mal à garder notre calme.
Inutile de préciser qu’on n’aime pas cette ville, et pas trop sa population. L’Egypte manque de présence féminine, d’un peu de douceur et de contrepoids à la ferveur commerçante liée au tourisme à défaut d’avoir d’autres ressources. On n’a pas l’impression d’être face à un pays en developpement, ni même en grande forme économique, mais plutôt à un pays très corrompu où seul l’argent mène au pouvoir. On est peut être naifs, mais vu de façon si nette et directe, ça n’est pas très enthousiasmant.

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