La frontière n’est qu’à 4km. Côté népalais, un petit coup de tampon rapide, deux questions et le tour est joué. Nous commençons nos négociations sur le tarif du taxi histoire de tater le terrain. Pas très concluant, mais pas franchement agressif non plus, les prix baissent doucement au fur et à mesure que nous nous rapprochons du portique indien. Côté indien, nous parvenons rapidement au prix que nous nous étions fixé, certainement trop élevé étant donné la facilité avec laquelle nous l’avons atteint, mais néanmoins correct. Deux cars de chinois nous retardent un peu au contrôle indien, une longue pile de passeports s’amoncelle sur le bureau. Pas de fouille de sacs, le contrôle est succinct.

A 9h nous quittons Sonauli, confortablement installés dans le taxi. Le racoleur cède sa place à un chauffeur à l’air fatigué ne parlant pas un mot d’anglais. Sans un mot ni un sourire, le chauffeur démarre. Conduite à l’indienne, à coups de klaxon, de dépassements improbables, de vitesse excessive dans les villages. Nos demandes insistantes pour réduire la vitesse n’y font rien. Arrivés en deux petites heures à Gorakhpur, nous changeons de voiture. Notre nouveau chauffeur ne parle pas plus anglais que le premier mais inspire plus confiance.

D’une conduite plus décontractée, il emprunte la route en travaux qui nous mène vers le sud. Les bulldozers ont littéralement écorché les maisons sur des dizaines de kilomètres en prévisions de l’élargissement de la voie. Le paysage est sinistre, poussiéreux, à moitié démoli de toutes parts. On croise des vaches, des chèvres et même des éléphants. Une lumière blanche, laiteuse, polluée pèse sur la plaine. 

Les champs se succèdent en une ennuyeuse platitude brumeuse. Impossible de repérer l’heure du jour, le soleil reste totalement voilé. La lumière décline déjà à 14h. Nous embrassons l’espoir d’arriver en 7h. C’est sans compter sur notre chauffeur qui se perd, emprunte une mauvaise direction, tente de se rattraper, demande son chemin mille fois, sourd aux recommandations de notre gps. Nous roulons sur de petites routes de campagne ou se croiser révèle de l’exploit. La circulation est extrêmement dense. C’est la saison des mariages- il y a une saison – et quantité de jeeps, voitures de mariés garnies de fleurs, camions musicaux, circulent sur les routes en ce vendredi soir. La nuit tombe. Les phares éblouissent. On ne voit rien. La route n’en finit plus. On a mal partout.

Le chauffeur atteint enfin Bénarès, son chaos absolu, ses embouteillages stratosphériques, sa pollution étouffante. La voiture s’immobilise dans le traffic. Finalement, après 11h de voiture, le chauffeur nous dépose à l’entrée de la zone piétonne. Exténués, les jambes engourdies, nos gros sacs sur le dos, nous nous faufilions entre les bouses de vaches, les motos tonitruantes, la foule dense, dans les ruelles du vieux centre jusqu’à notre pension. Enfin! nous avons quitté Bairahawa il y a 13h30 et n’avons pas déjeuné. Nous sommes morts. 

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